Je reviens sur ce cas, à mes yeux particulièrement intéressant.

Pour savoir de quoi je parle, voir ce lien-ci ou celui-là, ou ce dernier, plus courts. Il s'agit d'un reportage déjà vu sur Arte, puis ici sur la Télévision Suisse Romande.

Les faits

En résumé, le 17 avril 1977, le contrôle aérien de Maastricht (sur le rapport filmé ici, on lit  : controleur  Philippe R.V. Domoyala.) signale à l'équipage d'un vol commercial un écho sur la droite. L'équipage observe effectivement un point brillant dans le ciel, dans la direction annoncée, et la présence de l'objet est confirmée par le radar de bord.

Cet objet va effectuer plusieurs déplacements, à une vitesse estimée par le radar sol à 4000 ou 5000 km/h, et se placer derrière l'avion.

Témoin interrogé : le pilote, Capitaine Schmid

Analyse

Crédibilité des témoins : Les pilotes de lignes témoins de ce genre d'apparition n'aiment pas en parler. Ils ont peur de ridicule, et surtout, peur pour leur carrière. Généralement, quand l'un d'eux témoigne, le reste de l'équipage refuse de témoigner.

Dans ce contexte, un pilote qui ose témoigner doit être pris au sérieux : il ne s'amusera pas à inventer une histoire abracadabrante au risque d'y perdre sa place. Le canular est à un niveau de probabilité quasi nul.

Etrangeté du phénomène : s'il s'agit d'un véhicule, il dépasse tout ce que je connais en capacités. Le SR71 qui à cette époque détenait le record de vitesse troposphérique n'allait qu'à mach 3, et il volait pour cela à très haute altitude. Ici, on est à altitude moyenne (9300 m), et la vitesse (5000 km/h soit environ 1400 m/S) correspond à Mach 4,6 (en atmosphère standard, 9300 m ->-48°C soit une vitesse du son de 300 m/s) Même aujourd'hui, je ne connais aucun avion capable de telles vitesses..

Donc quelque chose de très étrange.

Explications envisagées

- un avion ultra secret très en avance sur son époque : comment le secret a-t-il pu tenir pendant 32 ans ? Comment une telle avance technologique a-t-elle pu rester confiner à si peu d'applications ? L'état qui détient une telle avance a tout intérêt à laisser filtrer une partie de l'information, pour dissuader ses adversaires potentiels de s'attaquer à lui.

- un faux écho radar : que le faux écho donne la même information sur deux radars différents, cela est déjà hautement improbable :

A quoi peut être due une fausse indication radar ?

- à une erreur de traitement liée à son fonctionnement (problème de l'élimination du cluster de sol). Un faux écho de ce type pour le radar sol ne concernera pas l'avion, du fait de sa vitesse. 

- à une interférence électromagnétique. (style "guerre électronique"). De tels erreurs sont intimement liées à la position du radar. L'avion et le radar sol auraient eu des indications différentes.

à une réflexion atmosphérique. Un radar est censé fonctionner sur dans une atmosphère homogène et isotrope. Or il existe des discontinuités (nuages...). Prenons l'exemple d'une "bulle" de discontinuité, schématisée ci-dessous

Illustration

 

A un instant donné, la réfexion se fait en "A" (voir schéma) Comme il s'agit de gaz, essentiellement mouvant, au passage suivant du faisceau radr, la réflexion, su la même discontinuité, se fait en "B"Si la distance AB est grande, le radar détecte un écho très rapide. Si à l'instant suivant l'écho se fait à proximité de B, on croira à un freinage intense....

Donc oui, ce type de faux écho existe, il est susceptible d'expliquer bien des "ovni", mais ici, ça ne marche pas. Car pour avoir la même indication, pour deux faisceaux radars arrivant sous deux angles différents, et ce pendant plusieurs minutes, et de manière cohérente, il faudrait plus qu'un miracle. Ici, la probabilité est  encore plus faible que celle calculée dans un post précédent (2E-10).

Que ce faux écho corresponde en plus à un objet visible, dont les déplacements correspondent à ceux de l'écho, ça devient surréaliste.

- des oiseaux : qui se déplacent à Mach 4 ?

- un canular : j'ai expliqué ci-dessus pourquoi cette hypothèse me semble improbable. Un pilote n'ira pas inventer un tel canular, et encore moins mettre en cause le contrôle ! C'est la porte assurée.

Oui Mais ....

J'ai essayé d'en savoir plus. Le CDC de Maastricht ne garde pas les rapports au dela de dix ans.

J'ai tout de même  reçu aujourd'hui (22 décembre 2009) une réponse du service analyse d'incident du CDC :

Réponse du CDC de Maastricht

I'm sorry to say that we don't keep logs that long. We are obliged to keep them for about 10 years and the log entry you seek is long gone...

By chance, I was talking to Philippe today (we do some work together for the international federation of air traffic controllers) and, while he remembers the event, it has to be said that what he 'saw' on the radar were spurious primary radar returns, which were (and are) quite normal and can easily be explained by radar technicians. There was certainly no consistent track or trail.

From talking to Philippe, I had the impression that this event was blown out of proportion and that what was really routine info to the pilot in such circumstances, was misquoted or misinterpreted.

Traduction :
Je suis au regret de vous informer que nous ne gardons pas les enregistrements si longtemps (...)
Par hasard, j'en ai parlé à Philippe aujourd'hui (...) et, en se remémorant l'événement, il dut dire  que ce qu'il a «vu» sur le radar était des faux retours du radar primaire, qui étaient (et sont) tout à fait normaux et peuvent facilement être expliqués par des techniciens radar. Il n'y avait certainement pas de trace ou de piste consistante
De cette conversation avec Philippe, j'ai eu l'impression que l'évènement a été démesurément gonflé et que ce qui n'était qu'information de routine adaptée à ce genre de situation pour le pilote a été déformé ou mal interprété
.

Un truc m'étonne : pourquoi Philippe RV D. n'a-t-il pas répondu lui-même ? Probablement prce qu'il ne travaille plus au même service...

Alors : pilote mythomane ? controleur effrayé par les conséquences ? Tant que je n'aurai pas mis la main sur ce rapport, impossible d'en juger. Mais il faut bien admettre que l'hypothèse du témoignage sérieux vient de prendre du plomb dans l'aile.

Conclusion

Un cas apparemment très intéressant, pour lequel, à ce jour, aucune explication conventionnelle raisonnable n'a été proposée. Mais un cas où le témoignage du pilote vient en contradiction avec celui du contrôle, donc très suspect.


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